C’est la série la plus regardée de l’histoire de Netflix : avec plus 265 millions de visionnages, Squid Game a littéralement pulvérisé tous les records. Histoires Folles vous propose de plonger dans les coulisses de ce succès mondial innatendu : anecdotes de tournages, défis techniques, témoignages d’acteurs et figurants, découvrez à présent la face cachée du phénomène Squid Game.
En 2008, Hwang Dong-hyuk, le futur créateur de Squid Game est complètement fauché. Alors qu’il approche de la quarantaine, il n’a aucun revenu stable. Il vit chez sa mère et sa grand-mère qui peinent également à joindre les deux bouts. Le personnage principal de la série, Seong Gi-hun (joué par Lee Jung-jae), vit lui aussi chez sa mère vieillissante et dépend d’elle financièrement au début de l’histoire. Hwang Dong-hyuk a admis s’être inspiré de sa propre détresse de l’époque pour écrire ce personnage. Mais revenons à la genèse de la série : dans cette petite maison familiale, il passe beaucoup de temps à lire des mangas et l’un d’entre eux attire son attention. Il s’agit de Battle Royale (Koushun Takami et Masayuki Taguchi) : dans un Japon totalitaire, chaque année, un groupe de collégiens est isolé sur une île déserte. Ils disposent d’un sac à dos avec de la nourriture et des armes. Pour survivre ils doivent s’entretuer jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un. Si plusieurs sont encore en vie à la fin du compte à rebours (3 jours) leurs colliers explosifs se déclenchent et tout le monde meurt. Un récit brutal qui marque profondément Hwang Dong-hyuk et lui donne une idée : et si dans un cadre similaire, les armes étaient remplacées par des jeux d’enfants… Le scénario de Squid Game commence à germer ! L’écriture est interrompue lorsqu’il se voit contraint de vendre son ordinateur portable (environ 600 euros) pour subvenir à ses besoins immédiats. En 2009, le scénario est enfin prêt : initialement, ce n’est pas une série mais un long métrage. Pendant dix ans, Hwang Dong-hyuk envoie son script à de nombreuses sociétés de production et studios de cinéma coréens mais tous refusent. Ils jugent le scénario trop cruel, irréaliste et refusent de financer un projet voué à l’échec.
Ce n’est qu’en 2019 que la situation se débloque. Hwang Dong-hyuk ressort son vieux script du placard. Il constate que le monde a changé : la pauvreté et les inégalités sociales sont devenues des sujets brûlants. Il présente alors le projet à Netflix, qui accepte de le produire et lui propose de le transformer en une série de 9 épisodes.
Saviez-vous que la célèbre poupée tueuse, baptisée Young-hee, n’a pas été fabriquée uniquement pour la série ? Elle trônait initialement à l’entrée d’un musée de calèches dans le comté de Jincheon, à environ trois heures de Séoul. Pour les besoins du tournage, l’équipe de production l’a empruntée, avant de la rendre à son propriétaire. Lors du trajet retour, la main droite a été perdue ! Un détail qui n’a pas empêché des milliers de fans de la série de se ruer vers le musée pour tenter d’apercevoir "en vrai" le regard glaçant de Young-hee. Malheureusement pour les curieux, la poupée a rapidement été retirée de la vue du public et entreposée à l’intérieur du bâtiment. La cause ? Des attroupements ingérables !
Le numéro de téléphone affiché sur les fameuses cartes de visite est bien réel ! L’équipe de tournage pensait avoir bien fait les choses en supprimant les trois premiers chiffres (l’indicatif local). Mais en Corée du Sud, si vous composez les 8 chiffres restants sans indicatif, le réseau complète automatiquement l’appel vers la zone locale. Le numéro est donc devenu parfaitement fonctionnel. Lorsque la production s’en aperçoit, c’était déjà trop tard… Un chef d’entreprise coréen reçoit alors plus de 4000 appels et SMS par jour. Des fans curieux appellent à toute heure, par simple curiosité "pour voir si ça répond", mais plus surprenant, certains demandent sérieusement comment rejoindre le jeu pour éponger leurs dettes. Le pauvre homme a très mal vécu ce déferlement d’appels. Netflix a finalement dû éditer numériquement les scènes pour modifier le numéro et a proposé une compensation financière de plusieurs milliers d’euros au propriétaire du téléphone, qui refusait de changer de numéro car il l’utilisait pour son travail depuis plus de 10 ans !
Les immenses escaliers en spirale à la M.C. Escher, le grand dortoir aux centaines de lits superposés, le terrain de « Un, deux, trois, soleil » ou encore le carrousel : tout cela a été construit en taille réelle dans d’immenses hangars ou studios en Corée du Sud. Dès la première saison, Kyoung-sun, la production designer a voulu privilégier des décors réels plutôt que les fonds verts et autres effets numériques. Elle voulaut recréer la sensation qu’ont les enfants quand ils voient un terrain de jeu et où tout paraît gigantesque. Cette approche artisanale permet d’obtenir des textures et des jeux d’ombres impossibles à reproduire parfaitement par ordinateur. Elle offre aux acteurs une immersion totale, renforçant leur stress et leur peur face à ces espaces à la fois enfantins et oppressants. Cette authenticité traverse l’écran et c’est précisément l’effet recherché ! En ancrant ces jeux mortels dans une réalité physique, la série transforme des souvenirs d’enfance innocents en véritable cauchemar architectural. Pour les joueurs, le danger n’est pas une abstraction numérique, mais une structure solide dont on ne peut s’échapper. Ce choix esthétique radical élève Squid Game au-delà du simple thriller social : c’est une expérience sensorielle où la démesure des décors souligne l’insignifiance de l’individu face au système.
Comme il a pu l’expliquer lui-même lors d’une interview, Hwang Dong-hyuk ; le réalisateur et scénariste de Squid Game, a perdu 9 dents lors du tournage de la saison 1 puis 2 dents au cours de la saison 2. La cause ? Un stress terrible ! Contrairement aux séries américaines qui utilisent des des armées de scénaristes, il a écrit et réalisé chaque épisode lui-même. La pression était énorme. Ce stress chronique a provoqué ce que les dentistes appellent parfois un "effondrement parodontal" lié au cortisol, l’hormone du stress. Sous la pression des délais et de l’exigence artistique, le réalisateur a souffert également de bruxisme sévère. C’est le fait de contracter la mâchoire et de grincer des dents de manière inconsciente, souvent la nuit ou lors de moments de concentration intense. Lorsque ce phénomène perdure, les dents se fissurent, s’usent prématurément ou se déchaussent.
Ce qui était conçu pour la série comme un uniforme de déshumanisation et de pauvreté est devenu un phénomène de mode planétaire. Initialement choisis par Kyoung-sun pour évoquer les tenues de sport des écoliers coréens des années 70 et 80, ces ensembles numérotés ont connu un succès mondial. En quelques semaines après la sortie de Squid Game, les recherches pour des « survêtements verts » ont explosé de 97 % sur les plateformes de mode, tandis que les ventes de chaussures Vans blanches sans lacets bondissaient de 7 800 %.
Ce succès repose sur un contraste visuel puissant :le vert rétro des joueurs s’oppose violemment au rose fuchsia des gardiens, créant un code couleur immédiatement reconnaissable. Contrairement aux costumes de super-héros, le look Squid Game est simple, graphique et facile à reproduire, ce qui a facilité sa viralité sur les réseaux sociaux et lors des fêtes d’Halloween. Pour la petite anecdote, lors du tournage, les acteurs ont eu de réelles difficultés avec ces survêtements. La matière synthétique provoquait une accumulation de chaleur et des allergies cutanées sous les projecteurs des studios : inconfort, démangeaisons, et transpiration excessive ont fini par transformer ces costumes en de véritables instruments de torture !
Dans ses premières esquisses, le créateur Hwang Dong-hyuk avait imaginé une autre fin pour la saison 1 de Squid Game. Dans cette version originelle, Seong Gi-hun montait sagement dans l’avion pour rejoindre sa fille aux États-Unis, choisissant de laisser l’horreur derrière lui et de s’offrir une seconde chance en tant que père.
Pourtant, au dernier moment de l’écriture, un doute a assailli le réalisateur. Il a senti que cette fin était peut-être trop simple, trop "Hollywoodienne". Il a alors pris une décision qui allait tout changer : au pied de la passerelle, Gi-hun s’arrête. Dans un geste de révolte pure, il tourne le dos à l’avion et à sa propre sécurité. Ce n’est plus la fuite qui le guide, mais une soif de vérité et de justice : il veut démanteler l’organisation qui a broyé tant de vies. Les mauvaises langues diront que ce changement dans le scénario est uniquement motivé par la volonté de donner une suite à Squid Game mais en fait pas du tout : cette fin avait été écrite bien avant que Netflix accepte de produire la série.
Le succès a un prix, et pour Netflix, il se chiffre en millions. Lee Jung-jae est désormais l’acteur de tous les records en Corée du Sud. Si sa fiche de paie affichait déjà 250 000 euros par épisode lors de la première saison, ce n’était qu’un début. Pour les saisons 2 et 3, l’acteur a franchi un palier vertigineux en négociant un cachet d’environ un million de dollars par épisode. Ce montant astronomique le propulse instantanément au rang des superstars hollywoodiennes, détrônant au passage Kim Soo-hyun, qui détenait jusqu’ici le titre d’acteur le mieux payé du pays. Mais au-delà des chiffres, cette renégociation historique est une victoire symbolique pour l’interprète de Seong Gi-hun. Elle illustre la puissance de frappe colossale du contenu coréen sur la scène mondiale.
Netflix, bien conscient que la série perdrait son âme sans son visage emblématique, n’a pas hésité à aligner les zéros. Il faut dire que la première saison a rapporté plus de 900 millions de dollars à la plateforme : un investissement plus que rentable pour sécuriser sa tête d’affiche. Aujourd’hui, entre son rôle de Maître Jedi dans l’univers Star Wars (The Acolyte) et son retour dans l’arène sanglante de Squid Game, Lee Jung-jae ne se contente plus d’être une idole locale : il est devenu un visage incontournable de la culture populaire mondiale.
Derrière l’ambiance sonore unique de Squid Game se cache un génie de la dissonance : le compositeur Jung Jae-il. Pour accompagner les jeux mortels, Jung Jae-il a volontairement fui les codes habituels du thriller. Oubliant les percussions lourdes ou des violons angoissants, il a privilégié une musique presque joyeuse. L’exemple le plus frappant reste la mélodie de « Un, deux, trois, soleil » : il s’agit en réalité d’une version orchestrale d’une comptine traditionnelle coréenne. Le choix d’une musique enfantine est une arme psychologique redoutable. Notre cerveau, programmé pour associer ces airs à l’insouciance de la cour de récréation, se retrouve violemment court-circuité par la vision du danger et de la mort à l’écran. Mais le malaise va plus loin qu’une simple mélodie détournée. Une petite anecdote de coulisses révèle la minutie de Jung Jae-il : pour accentuer l’angoisse, il a délibérément ajouté des fausses notes. Certains xylophones et cloches ont été enregistrés avec des tonalités légèrement fausses. Ces fausses notes, presque imperceptibles à l’oreille nue, créent une dissonance subtile. Le spectateur ressent alors une gêne, un sentiment que quelque chose ne tourne pas rond, sans pour autant comprendre pourquoi.
Dans l’industrie du divertissement, le spoiler est devenu l’ennemi public numéro un. Pour la conclusion de cette troisième saison tant attendue, la production a déployé un arsenal de sécurité digne d’une agence de renseignement. L’objectif ? Garantir aux fans un suspense intact lors de la diffusion. Pour les scènes finales, le plateau s’est transformé en bunker. Exit les techniciens non essentiels et les assistants : seuls les acteurs directement concernés et une poignée de membres de l’équipe technique étaient autorisés sur les lieux. Les scripts étaient distribués uniquement sous format papier, souvent scellés ou scotchés pour empêcher toute copie ou photographie non autorisée sur le plateau. Chaque exemplaire était marqué d’un filigrane unique au nom de son destinataire, rendant toute fuite immédiatement identifiable. Plus surprenant encore, certains acteurs principaux ont dû jouer leurs scènes sans connaître le dénouement global de l’intrigue. Une méthode radicale qui permet non seulement d’éviter les fuites accidentelles en interview, mais aussi de capturer une certaine forme de confusion ou de spontanéité à l’écran.