L’Everest n’est pas seulement le sommet du monde : c’est aussi l’un des cimetières les plus inaccessibles de la planète. Depuis les premières tentatives d’ascension dans les années 1920, plus de 300 personnes ont perdu la vie sur ses pentes. On estime que plus de 200 corps reposent encore là-haut !
En France, la sortie en 2024 de Kaisen, un documentaire qui relate l’ascension du “toit du monde” par le youtubeur Inoxtag a provoqué une onde de choc, notamment chez les plus jeunes. En quelques jours, des millions de personnes ont découvert un lieu aussi beau qu’effrayant, où la survie ne tient qu’à un fil.
Au-delà de 8 000 mètres, l’oxygène devient une ressource si rare qu’il est difficile de respirer. Dans cet environnement hostile, inaccessible aux hélicoptères, la pression atmosphérique est réduite de deux tiers. En cas de malaise, la situation peut vite devenir critique. À cette altitude, un individu gelé peut peser plus de 100 kg. Soudé à la glace, il est impossible à déplacer sans condamner ceux qui tenteraient de le secourir.
Pendant des décennies, certains corps sont devenus, malgré eux, des points de navigation. On peut citer par exemple "Green Boots", un grimpeur (probablement l’Indien Tsewang Paljor) gisant dans une grotte calcaire sur la face Nord. Ses bottes vert fluo servaient de repère visuel macabre aux alpinistes pour évaluer leur distance par rapport au sommet.
Il y a aussi l’histoire de Francys Arsentiev, surnommée "La Belle au bois dormant". Restée bloquée après avoir atteint le sommet sans oxygène en 1998, elle a hanté les grimpeurs pendant neuf ans ! Elle était visible de tous, sur la voie principale, avant qu’une expédition spéciale ne parvienne à la déplacer hors de vue pour lui rendre une certaine dignité.
Il faut savoir que redescendre un corps est une opération logistique et financière titanesque. D’un point de vue financier, Il faut compter entre 30 000 $ et 70 000 $ pour monter une expédition de récupération. En termes de moyen humain, une telle mission nécessite au moins 6 à 10 sauveteurs chevronnés, équipés d’oxygène, pour espérer déplacer un corps sur quelques centaines de mètres. Parfois, les familles préfèrent laisser leurs proches là où ils sont tombés, estimant que la montagne est la sépulture la plus noble pour un passionné.
Le changement climatique apporte aujourd’hui une nouvelle dimension à ce phénomène. Avec la fonte accélérée des glaciers, des corps disparus depuis des décennies réapparaissent à la surface. Des cadavres datant des années 70 ou 80 émergent du glacier de Khumbu, forçant les autorités népalaises et les associations de guides à multiplier les expéditions de nettoyage.
Chaque année, l’armée népalaise mène désormais des campagnes pour redescendre des tonnes de déchets et, quand cela est possible, les dépouilles des alpinistes oubliés, afin de rendre à la montagne son aspect sauvage et de respecter la mémoire des défunts.