Mont Saint-Michel : 10 histoires méconnues et fascinantes

8 min

Fièrement dressé depuis plus de 1000 ans, le Mont Saint-Michel est l’un des monuments français les plus visités. Chaque année, plus de trois millions de touristes parcourent ses ruelles étroites et viennent admirer l’abbaye gothique perchée à 80 mètres au-dessus de la mer. Derrière la carte postale bien connue, découvrez les secrets de ce lieu chargé d’histoire et de mystères.

Le Mont Saint-Michel, un lieu chargé d'histoire qui accueille chaque année 3 millions de visiteurs
Le Mont Saint-Michel, un lieu chargé d’histoire qui accueille chaque année 3 millions de visiteurs

1 - Le Mont Saint-Michel s’appelait avant le Mont-Tombe

Avant d’être connu sous son nom actuel, le Mont Saint-Michel s’appelait Mont Tombe (Mons Tumba en latin). Jusqu’au début du VIIIe siècle, le site abritait peut-être déjà de modestes oratoires chrétiens dédiés à saint Symphorien ou saint Étienne fréquentés par des ermites.

2 - Un crâne percé...

Le crâne percé de Saint-Aubert
Le crâne percé de Saint-Aubert, exposé à la basilique Saint-Gervais d’Avranches

D’après la légende, en 708 l’archange Michel apparaît trois fois en songe à l’évêque Aubert d’Avranches pour lui ordonner de bâtir un sanctuaire en son honneur sur le Mont Tombe. C’est un îlot rocheux fréquenté par des ermites. Aubert aime cet endroit reculé et il s’y rend souvent pour prier. Les deux premières visions ne convainquent pas l’évêque. Il doute encore et veut un signe fort avant de se lancer dans les travaux. L’archange revient une troisième fois et cette fois-ci il appuie avec force sur le crâne du prélat, au point de le percer. Aubert a sa réponse, il décide alors d’édifier un sanctuaire au sommet du Mont qui devient le Mont Saint-Michel. Bien plus tard au XIème siècle, des moines bénédictins à la recherche des reliques de Saint Aubert, découvrent sur le Mont un crâne marqué d’une étrange perforation circulaire, d’environ 2 cm de diamètre, parfaitement nette sur l’os pariétal droit. Les religieux furent stupéfaits : ce trou n’était pas une blessure ordinaire, ni une décomposition naturelle. Ils y virent immédiatement la preuve tangible du miracle rapporté dans la Revelatio ecclesiae sancti Michaelis (rédigée vers 820). Le crâne fut aussitôt vénéré comme une relique précieuse et conservé au Mont Saint-Michel avant d’être transféré plus tard à Avranches. Aujourd’hui encore, vous pouvez observer le fameux crâne percé dans la basilique Saint-Gervais d’Avranches.

D’un point de vue scientifique, les spécialistes privilégient l’hypothèse d’une trépanation : une intervention chirurgicale pratiquée dès l’Antiquité et au haut Moyen Âge pour soigner des traumatismes crâniens, des infections ou des troubles neurologiques. Certains évoquent l’hypothèse d’un kyste. Mais rien n’est sûr et le crâne percé n’a pas encore révélé tous ses mystères !

3 - Les pèlerins montaient les escaliers à genoux

Au Moyen Âge, certains pèlerins venus prier au Mont-Saint-Michel gravissaient les marches à genoux, parfois sur toute l’ascension menant à l’abbatiale — soit près de 350 marches ! Ce geste, éprouvant et douloureux, était perçu comme un acte d’humilité et de purification, une forme de pénitence extrême. En offrant leur souffrance, les fidèles espéraient obtenir le pardon de leurs fautes ou une grâce particulière de l’archange Saint Michel, protecteur du sanctuaire. À une époque où la foi structurait profondément la société, ces pratiques spectaculaires témoignaient de la ferveur intense qui entourait l’un des plus grands lieux de pèlerinage d’Occident. Alors, si vos mollets protestent en montant les marches aujourd’hui, ayez une pensée pour ces champions de la pénitence médiévale qui les gravissaient à genoux… et sans se plaindre !

4 - Les moins copistes

Au Mont-Saint-Michel, les moines ne se contentaient pas de prier : ils étaient aussi de véritables artisans du savoir. Parmi eux, les copistes jouaient un rôle essentiel au Moyen Âge, recopiant avec patience et minutie des manuscrits religieux, scientifiques ou historiques. À la lueur des chandelles, ils traçaient lettres et enluminures sur du parchemin, préservant ainsi des textes anciens qui auraient autrement disparu. Ces moines-copieurs assuraient non seulement la transmission de la foi chrétienne, mais contribuaient également à la conservation du patrimoine intellectuel de l’Europe médiévale. Leur travail, long et méticuleux, exigeait concentration, discipline et une maîtrise exceptionnelle de l’écriture et de l’art décoratif.

5 - Le Mont Saint-Michel, un pénitencier

On l’oublie souvent, mais le Mont-Saint-Michel ne fut pas seulement un haut lieu de pèlerinage : il servit aussi de prison. Louis XI (1461-1483) est le premier roi de France à utiliser l’abbaye pour enfermer des prisonniers. C’est lui aussi qui installe la cage en fer dans le logis de l’abbé Robert de Torigni. Suspendue en hauteur, cette cage exiguë (environ 4 m², trop petite pour se tenir debout ou s’allonger pleinement) oscillait au moindre mouvement du prisonnier, accentuant son supplice. Destinée à des détenus de marque comme le cardinal de La Balue (accusé de trahison), elle symbolisait la cruauté royale. Certains y auraient été enfermés des années comme le moine François de la Bretonnière qui y serait resté treize ans pour avoir critiqué l’évêque de Reims : il en serait sorti fou. Ce supplice a perduré jusqu’en 1785.

À partir de la Révolution française, l’abbaye entière est transformée en maison d’arrêt, surnommée la “Bastille des mers”. Des prêtres réfractaires, des opposants politiques puis des détenus de droit commun y furent enfermés, parfois dans des conditions très dures. Entre 1793 et 1863, pas moins de 14 000 prisonniers y ont séjourné et l’abbaye pouvait accueillir jusqu’à 1000 détenus dans ses geôles froides et humides. Les détenus se plaignaient de la nourriture, du manque d’hygiène et des mauvais traitements infligés par les moines.

Il faut attendre 1863 pour que la prison ferme définitivement sous Napoléon III, permettant au monument de retrouver peu à peu sa vocation patrimoniale et spirituelle.

Mont Saint-Michel vers 1860, gravure de Ludwig Robock
Mont Saint-Michel vers 1860, gravure de Ludwig Robock

6 - L’évadé du Mont

Les prisonniers qui ont séjourné dans les geôles du Mont Saint-Michel avaient à leurs pieds une chaîne de 7 kilos. Dans ces conditions, difficile de s’évader. Pourtant, en 1834, le peintre Edouard Colombat réussit à creuser un tunnel depuis sa cellule à l’aide d’un clou : il rejoint alors une sorte d’oubliette remplie de squelettes. Une fois à l’extérieur de la prison, il est recueilli par un pêcheur qui accepte de le prendre dans sa barque et il parvient ainsi à s’échapper. Un scénario digne de prison break ! Plus tard, d’autres prisonniers tenteront de renouveler l’exploit mais sans succès.

7 - L’une des communes les plus petites de France

Avec seulement une trentaine d’habitants permanents (parfois moins) et environ 7 hectares, le Mont Saint-Michel est l’une des plus petites communes de France… et pourtant l’un des sites les plus visités du pays (plus de 3 millions de visiteurs par an) !

8 - Le Mont Saint-Michel a un jumeau !

Le Mont-Saint-Michel a un véritable jumeau… en Angleterre ! Il s’agit du St Michael’s Mount, un îlot rocheux situé de l’autre côté de la Manche en Cornouailles. Comme son homologue normand, il est dédié à l’archange Saint Michel et un édifice religieux a été construit à son sommet. Fondé au Moyen Âge et longtemps lié à l’abbaye normande, ce “petit frère” britannique partage la même silhouette spectaculaire.

9 - Il a résisté aux Anglais pendant 30 ans

Pendant la Guerre de Cent Ans, le Mont Saint-Michel est resté la seule place forte française de Normandie jamais prise par les Anglais, malgré de multiples sièges. Cette résistance a notamment inspiré Jeanne d’Arc.
Le Mont-Saint-Michel a été l’un des rares bastions médiévaux à résister aux assauts anglais pendant la guerre de Cent Ans. Entre 1423 et 1434, les troupes anglaises tentèrent à plusieurs reprises de s’emparer du Mont, espérant franchir ses murailles imprenables et contrôler ce point stratégique sur la côte normande. Malgré les sièges, les escarmouches et la pression constante, l’abbaye fortifiée tint bon grâce à ses remparts, sa position défensive sur un îlot rocheux entouré par les marées et le courage des habitants et des moines. Cette résistance héroïque dura près de trente ans !

10 - L’omelette soufflée est née ici

Impossible de parler du Mont-Saint-Michel sans évoquer Annette Poulard, la reine des omelettes soufflées. Au XIXᵉ siècle, elle ouvre son auberge au pied de l’abbaye et conquiert rapidement le cœur des pèlerins et des visiteurs avec sa recette magique : des œufs battus en neige, beaucoup de beurre, et une cuisson minutieuse pour obtenir une omelette légère comme un nuage, encore chaude et moelleuse à souhait. Servie directement à la table, cette omelette devient rapidement un symbole culinaire du Mont ! Aujourd’hui encore, goûter l’ Omelette d’Annette est un rituel incontournable pour tous ceux qui gravissent les marches de l’îlot rocheux.