Le jour où un président français est tombé par la fenêtre d’un train en marche

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Un président français qui plonge dans les sondages, c’est banal. Un président qui bascule par la fenêtre d’un train en marche et se retrouve dehors en pleine nuit et en pyjama, là… c’est juste hallucinant. Découvrez l’histoire incroyable (mais vraie !) du président tombé d’un train.

Paul Deschanel, président français tombé d'un train en 1920
Paul Deschanel, président français tombé d’un train en 1920

Nous sommes le 23 mai 1920, il est presque minuit, la France entière dort. Ou presque. À bord du train présidentiel qui file vers Montbrison (dans la Loire) pour inaugurer un monument aux morts, un homme en pyjama se lève. Cet homme, c’est Paul Deschanel, 11e président de la République française, élu seulement trois mois plus tôt, en février 1920, en battant Georges Clemenceau.

Paul Deschanel n’est pas un président lambda. Intellectuel, orateur brillant, ancien président de la Chambre, il incarne une certaine modernité républicaine. Mais depuis son arrivée à l’Élysée, il va mal. Très mal. Épuisement nerveux, anxiété chronique, insomnies terribles. Les médecins parlent aujourd’hui rétrospectivement de dépression sévère associée à un probable syndrome d’Elpénor (confusion au réveil).

Cette nuit-là, le wagon présidentiel est surchauffé. Deschanel étouffe. Il a pris un somnifère pour dormir. Vers 23h45, il se lève, titube jusqu’à la fenêtre à guillotine de son compartiment. Il tire dessus de toutes ses forces pour respirer un peu d’air frais. La fenêtre cède brusquement. Le président, déséquilibré, bascule dans le vide. Le train roule à faible allure (probablement autour de 40-50 km/h), ce qui lui sauve la vie. Il atterrit sur un talus sablonneux près de la voie, à hauteur de Saint-Martin-d’Étampes, non loin de Montargis (Loiret).

Ses blessures sont superficielles : quelques écorchures, un genou en sang, mais rien de cassé. Le train, lui, continue sa route sans que personne à bord ne s’aperçoive de rien. Le chef de l’État vient de disparaître… et personne ne le sait. Seul, pieds nus, en pyjama, ensanglanté et hébété, Paul Deschanel erre le long des rails. Vers 4 heures du matin, un couple de garde-barrière le découvre. Paul Deschanel bredouille : « Je suis le président de la République… ». Il est d’abord pris pour un fou échappé d’asile mais la femme du garde remarque un détail qui la trouble. Elle déclarera plus tard aux journalistes : "J’avais bien vu que c’était un monsieur : il avait les pieds propres". Ce signe de statut social élevé, les poussent à contacter la gendarmerie locale qui à son tour alerte le sous-préfet de Montargis.

Le lendemain, l’affaire fait le tour du pays. Les journaux titrent : "Le Président est tombé du train !". C’est la stupeur. Le chef de l’Etat serait-il devenu fou ?

Quelques semaines plus tard, nouveau scandale : à Rambouillet, résidence d’été, on retrouve Deschanel à moitié nu dans le bassin de la fontaine, en train d’essayer de nager avec des canards. La rumeur de démence enfle.

Le 21 septembre 1920, après seulement sept mois et trois jours à l’Élysée (le mandat le plus court de l’histoire de la Ve République… et l’un des plus courts tout court), Paul Deschanel démissionne pour « raison de santé ». Il est remplacé par Alexandre Millerand.

Il finit sa vie discrètement, meurt en 1922 d’une congestion pulmonaire, il avait 67 ans. Dans la mémoire collective, il reste le président tombé du train et c’est peut-être l’annecdote la plus folle de la troisième république.